Relation incertaine

Dis-moi mon amie,

Comment savoir si cette vie et cette relation est faite pour moi ? Tu sais, ce n’est pas lui le problème, mais je me remet en doute… Il y a quelques mois je suis tombée en amour avec cet homme au sourire contagieux et au rire craquant, mais ce n’est qu’aujourd’hui, à la veille de son départ, que je réalise tous les sacrifices que cette vie entraîne.  Je suis tombée amoureuse du civil et non du militaire. Aujourd’hui je le regarde faire ses bagages et je me convint que tout ira bien, que ça passera vite; mais comment convaincre une femme qui a peur de l’abandon et qui est quelque peu dépendante affective. Je me suis convaincu que tout ira bien; que ce n’était que quelques mois dans une zone sans guerre.

Ce n’est qu’une semaine plus tard, hospitalisé à l’hôpital et plugé sur le soluté que j’ai réellement réalisé ce que tout cela signifiait. Vu les heures de décalage, je n’ai même pas pu le mettre au courant que j’étais à l’hôpital. J’ai dû passer par une dizaine de personnes pour que cela se rende à lui. J’étais seule à la maison; loin de la famille. Lorsque l’infirmière m’a demandé le nom de quelqu’un à contacté; ma réponse ne fût que des larmes et un silence lourd. J’étais fâché..

Mais tu sais mon amie, ce n’est qu’avec le recul, après être sortie de l’hôpital et avoir entendu sa voix attristé, que j’ai réalisé quelque chose de très important. La panique et l’impuissance que je ressentais à ce moment n’était rien à côté de ce que lui pouvait ressentir à plus de 5000km de l’hôpital; sans moyen de communication. À ce moment, je me suis sentie hypocrite; hypocrite d’avoir été fâchée contre lui et contre la situation. Hypocrite de n’avoir pensé qu’à moi et au mal que cette distance me faisait; sans n’avoir même imaginé ce qu’il pouvait ressentir.

Je peux donc te dire aujourd’hui mon amie que ce genre de relation n’est peut être pas fait pour un femme qui, comme moi à besoin de sécurité, mais malgré tout, je continus à me convaincre et à m’accrocher à lui pour une raison que m’échappe; c’est surement ce que l’on appelle l’amour. Parce que oui, je suis en amour avec lui et ce, malgré tous les sacrifices que j’ai dû faire pour faire passer notre couple et sa carrière en premier.

Je te le dis ma chère, si un jour tu as à faire de tels sacrifices; cela vaut grandement le coup puisque l’amour d’un militaire est assez fort pour te laisser seule à la maison et te faire aveuglement confiance; ne trahis pas cette confiance.

– D’une amie qui est fière de ses choix.

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Wainwright

Salut,

Comment tu vas aujourd’hui ? Tu ne trouves pas ça trop difficile là-bas ? Tu avais si hâte de partir ! De découvrir et de participer pour la première fois à l’Exercice Maple Resolve! Tu semble bien aller puisque tu es avec tes frères d’armes; avec ta famille ! Je vois des vidéos de l’exercice sur internet et ça me rassure de voir ce que vous faites … De voir que vous n’avez pas l’air de trop « payer », qu’il fait beau à plus de 3 600 KM d’ici. À vraie dire, je trouve même que ça l’air amusant ce que vous faites là-bas ! Tous ces scénarios, ces installations et ces acteurs.

Je me compte chanceuse d’avoir pu te parler à tous les jours, pendant 1 mois suite à ton départ. D’ailleurs, pourquoi vous envoyer là pendant 2 mois alors que l’exercice ne dur que 10 jours ? Aujourd’hui j’ai comme pogné un mur… Ça fait seulement 3 jours que l’exercice est commencé, trois jours que je n’ai pas eu de nouvelles… C’est si peu, mais pourtant, aujourd’hui, je m’ennuie plus que les autres jours. Il ne reste que 8 jours avant la fin de l’exercice et 17 avant ton retour; et ça c’est si tu reviens réellement à la date qu’ils t’on donné… J’essaie de m’occuper comme je peux et je sais que le jour de ton retour sera un jour extraordinaire !

À ton départ je me sentais forte, pendant le premier mois j’étais solide… J’ai terminé mes études, je me suis trouvé un emploi qui me passionne, j’ai été visité des maisons et j’en ai enfin signé une ! Dans 2 mois nous aurons notre chez nous ! Nous créerons notre routine ensemble et nous bâtirons des projets ensemble, j’ai si hâte !  Mais aujourd’hui je me sens plus fragile..

J’ai peur.. Peur au prochain déploiement. Cet exercice ne dure que 2 mois, t’imagine lorsque tu seras déployé pendant plus de 6 mois… J’aimerais tellement que tu partes en mission pour ton expérience personnelle, mais en même temps ça me fait peur … J’ai peur puisque lors de ce déploiement en Janvier, je n’aurai pas autant de nouvelles de toi, je ne pourrai pas savoir ce que vous faites là-bas ou si le danger vous pends au bout du nez …

En fait, ce soir, je me sens égoïste; égoïste de m’ennuyer autant… et surtout de m’en plaindre. C’est difficile pour moi, mais je ne peux m’imaginer à quel point ce l’ai pour toi. De traîner ton téléphone dans tes poches, mais de ne pas pouvoir prendre des nouvelles de ta petite famille … De savoir que je t’écris tous les jours au cas où tu aurais un petit 2 minutes pour lire tes messages…

Je suis si heureuse avec toi, mais aujourd’hui je me sens si mal de m’ennuyer autant …

 

La descente aux enfers

Jeudi matin, 21 septembre, 8h00

Cégep Garneau, cours de santé mentale.

M. Tremblay* se tient en face de nous, devant 35 élèves. Il a l’air d’un Hugo Girard des temps moderne; la tête rasée, la mâchoire bien carrée et des muscles à perte de vue. La seule différence, c’est qu’il ne mesure que 5’5’’. Il parait si fort, mais connaissant le sujet de son témoignage, je savais que ce n’était qu’une impression.

M.Tremblay est agent correctionnel au pénitencier de Donnacona depuis bientôt 15 ans. Il y a de ça 1 an, sa vie a basculée. Il dit ne pas se souvenir de ce jour et ne pas vouloir se le remémorer; mais une chose est sûr, c’est que se jour marqua sa descente aux enfers. Après sa journée de travail, il est retourné auprès de sa famille en croyant que l’évènement traumatique dont il a été témoin n’aurait aucun impact sur lui puisque ça faisait partie intégrante de son travail. Le jour suivant, pour la première fois en 15 ans, il n’avait pas envie de retourner au travail.

Les deux semaines suivantes, il sombra dans l’alcool et dans la dépression. À ce jour, il ne se souvient plus de ces deux semaines, la seule chose qu’il se souvient, c’est  les mots que le psychologue a prononcés lorsqu’il a décidé d’aller consulter. Trois mots qui ont eu l’effet d’une bombe sur lui : «Stress post-traumatique ».  Ces trois mots détruisent une vie, c’est une étiquette qu’il devra garder toute sa vie.

Il décida de venir témoigner aujourd’hui puisque ce sujet est encore trop méconnu à ce jour. D’ailleurs, il nous a fait part qu’une campagne de sensibilisation au travail d’agent correctionnel a vu le jour dans les dernières semaines; elle se nomme Travailler au bord du gouffre[1].

Vous, cher lecteur, lorsque l’on parle de stress post-traumatique, à qui pensez-vous ? Aux militaires, aux premiers répondants, policiers, ambulanciers ? Jamais il ne vous viendrait à l’esprit les agents correctionnels ? La vidéo de sensibilisation nous fait part de chiffres accablant, qui nous frappent en plein visage. Dans la société canadienne, 8% de la population est atteinte du stress post-traumatique et ce chiffre s’élève à 30% chez les agents correctionnels[2]. De 2011 à 2016, 357 cas  de stress post-traumatique ont été enregistrés chez les agents correctionnels[3].

Le pire dans tout cela, c’est que le métier d’agent correctionnel comprend les tâches des trois types d’agents de la sécurité publique : les policiers, les ambulanciers et les pompiers, et pourtant, au Québec, ces travailleurs ne sont pas encore reconnus comme premiers répondants.

M. Tremblay nous a fait part que lorsqu’il avait fait une demande d’indemnisation, il a dû prouver à la CNESST que son stress était lié à son travail. Il a dû attendre des mois avant de recevoir l’aide nécessaire.

Il  nous a ensuite raconté comment la maladie s’est manifestée chez lui. Évidemment, c’est différent pour chaque personne, mais il reste que personne n’aimerait vivre cela. Il voyait la vie en rouge; il voyait du sang partout où il allait. Il était en hyper-vigilance et voyait du danger où il n’y en avait pas. Il banalisait la violence dont il était témoin et pouvait même en rire. Il devenait impatient et violent avec certaines personnes.

Aimeriez-vous vivre avec ces symptômes ou vivre avec quelqu’un qui a un stress post-traumatique ? Si quelqu’un que vous connaissez développerait ce trouble, aimeriez-vous qu’il soit prit en charge rapidement et qu’il obtienne l’aide dont il a besoin ? Si votre réponse est « oui » à cette dernière question, alors il est temps de se bouger et de mettre en œuvre des moyens pour aider les agents correctionnels.

Pour ma part, j’ai toujours eu peur que mon conjoint, qui est militaire, revienne un jour avec cette maladie, mais aujourd’hui, je me rends compte que je suis beaucoup plus à risque que lui de développer le SSTP en étant agent correctionnel et j’espère que j’aurai l’aide nécessaire; j’espère que j’aurai droit à autant d’aide que les militaires peuvent en avoir.

[1] https://www.youtube.com/watch?v=LcWiF_fQwEw

[2] http://www.tvanouvelles.ca/2017/09/26/30-des-gardiens-de-prison-souffrent-de-stress-post-traumatique

 

[3] Idem

Papa : petit soldat de plomb

Papa est parti ce matin. Il est parti jouer à la guerre tel un petit soldat de plomb. Je suis allé avec maman à l’aéroport dire au revoir à papa. Ils avaient l’air si bien, si heureux et surtout amoureux, mais j’ai compris que ce n’était pas vrai; qu’ils faisaient semblant.

Lorsque maman est revenue dans l’auto, elle s’est mise à pleurer et moi j’étais là, si impuissant sur la banquette arrière à la regarder par le rétroviseur. J’avais promis à Papa d’être l’homme de la maison et de prendre soin de maman, mais est-ce que je le peux vraiment du haut de mes 10 ans ? Elle a démarré l’auto malgré sa peine et nous sommes retournés à la maison. Elle nous a fait à souper en silence, un silence lourd quand tu n’as que 10 ans et que tu ne comprends pas pourquoi maman est comme ça. Le soir venu, j’ai décidé de jouer au papa et d’aller dormir dans le lit à maman pour la réconforter. Elle m’a prise dans ses bras, les joues toutes mouillées et nous nous sommes endormi collés. C’est la première fois que papa part si longtemps, 9 mois; une année scolaire complète. Maman dit qu’il va manquer les premiers mots et les premiers pas de la petite Léa; ma petite sœur. Elle se croyait forte et répétait sans cesse à papa qu’elle n’aurais pas de peine, qu’elle est fière de lui et que ça va passer vite, mais maintenant que le jour J est arrivé, c’est tout le contraire.

Le lendemain matin, je n’avais pas envie d’aller à l’école et de laisser maman seule avec sa peine. Même si elle me répétait que ça allait mieux, je n’y croyais pas. Je ne vous cacherai pas que papa me manque aussi, mais je dois cacher ma peine et rester fort pour maman. Même si mon école est remplie d’enfants comme moi, j’ai l’impression que personne ne peut comprendre ma peine et celle de toute ma famille. J’aimerais tant avoir l’âge de ma petite sœur pour ne pas me souvenir, dans quelques années. que papa n’était pas là pendant 9 mois. Elle aura la chance d’oublier son départ et le serrement au cœur que je ressens depuis ce jour.

Parfois, je joue avec les petits soldats de plombs que papa m’a offert lors de mon anniversaire. Je fais semblant que papa se bat contre tous les autres petits soldats; et chaque fois, il gagne. Mais qu’arriverait-il si un jour il ne gagne pas ? Maman m’interdit d’écouter des films de guerre. Moi j’aimerais bien voir à quoi ressemble le métier de papa, mon héro ! Mais maman ne veut pas… Ça ne sera que plus tard que je réaliserai pourquoi elle ne voulait pas.

Plus les journées passent et plus nous nous habituons à son absence. Ce n’est pas que nous oublions papa, loin de là, mais nous avons notre routine comme dirait maman. Elle part travailler, Léa va à la garderie et moi à l’école. Nous nous gardons occupés le jour, mais le soir et les fins de semaine sont très difficiles. Parfois je peux voir papa dans l’écran de l’ordinateur, mais jamais longtemps puisque ça coupe souvent. Il nous écrit des lettres à tous les jours. Tous les matins, maman me donne une lettre de papa. Je ne sais pas comment le facteur fait pour être si vite, mais je suis content ! Dans la dernière lettre, papa a dit que dans 1 semaine, il serait de retour à la maison. Il restera quelques jours avec nous, mais il devra repartir..

J’ai bien hâte à Lundi, je n’en peux plus d’attendre ! J’ai prévu pleins d’activités pour la famille. Je veux vraiment profiter de sa présence!

Il ne reste qu’une semaine à attendre, mais maman me dit de ne pas me faire trop d’idées puisque l’armée c’est l’armée….Elle dit toujours que des déceptions il y en a pleins, mais moi j’ai confiance en papa; confiance qu’il viendra nous voir !

À suivre ….

Lettre à mon héros

Bonjour mon héros, comment vas-tu aujourd’hui ? J’espère que de ton coté tout va bien. Que malgré toute la pression, tu prends du temps pour te détendre avec tes frères d’armes. Pour relaxer et penser à ta petite famille.

Je sais ce que tu vas me dire… Tu n’aimes pas que je te qualifie comme un héros, mais pour moi, il n’y a pas de meilleur mot pour te décrire et décrire tous tes frères d’armes.

Tu es un homme brave, qui se bat pour ses convictions et pour son pays. Tu es toujours en alerte, toujours prêts à partir peu importe le moment; à seulement quelques heures de préavis. Être militaire est en soi un emploi 24/24; toujours prêts à aller défendre ton pays du mieux que tu le peux. Mettre ta vie en danger pour assurer la sécurité de milliers de personnes. Être prêt à quitter tous ceux que tu aimes et à sortir de ta zone de confort; très peu sont en mesure de le faire. Tu peux continuer à fonctionner avec très peu de sommeil, très peu de nourriture et d’eau dans le corps; très peu de gens sont en mesure de le faire. En fait, très peu de gens ont le courage d’accomplir ce que vous parvenez à faire.

Si tu voyais les larmes dans mes yeux lorsque je parles de toi à mon entourage; des larmes de fierté. Ces mêmes larmes qui inondent mes yeux lorsque tu reçois une distinction ou lorsque je vois ton travail acharné à la télévision. Ce frisson que je ressens dans tout mon corps et qui me fait lever le poil des bras lorsque je t’aperçois en train de vouloir aider tout le monde. Ce frissons qui me donne chaud et qui fait lentement monter ces larmes jusqu’à mes yeux lorsque tu pars le matin en combat.

D’être la femme d’un homme aussi admirable est ma plus grande fierté à vie. Cette fierté n’est qu’indescriptible. Tu es mon modèle de courage, ma fierté et celle de tout ton entourage. Alors s’il-te-plait, laisse moi dire que tu es mon héros. Laisse-moi dire à tous que mon homme est militaire et voir leur sourire s’illuminer lorsque je parle de toi avec admiration.  Je t’en supplie, laisse-moi leur dire que mon héros préféré porte ton nom et celui de nos futurs enfants.

J’en avais retenu que le caractère se mesurait dans les situations difficiles et qu’un héros ne se plie pas, même dans les circonstances les plus dure – Nelson Mandela

La peur au ventre…

Demain, tu nous quitteras pour l’aéroport; tu laisseras derrière toi ta petite famille et ta vie tranquille pour aller défendre ton pays. Tu te devoue corps et âme depuis plusieurs années pour t’exercer et être prêt à défendre ton pays et demain, c’est le grand jour. J’appréhendais ce jour depuis longtemps et je m’étais persuadé que ça se passerait bien, que je ne pleurai pas beaucoup, mais aujourd’hui, à moins de 12 heures du départ, c’est complètement différent.

Tu sais chéri, malgré tout ce que tu fais et ce que tu me dis pour me réconforter et me rassurer… J’ai peur!

Tu pars si loin, dans un pays dangereux où tout peut arriver. Je sais qu’en tant que chauffeur blindé, tu as un du matériel blindé pour te protéger, pour « adoucir » les chocs et que tu ne seras peut-être pas le premier en avant à se faire viser. Par contre, je sais aussi que les mines et les IED ne se font pas rares là-bas et que tu seras là en tant qu’Opérateur surveillance et là, tu seras le premier exposé à tous ces dangers.

J’ai peur, peur de ne plus jamais entendre ta voix, peur qu’un jour le téléphone sonne et que mes cauchemars de ces derniers temps deviennent réalité, peur de voir ta photo aux nouvelles.

J’angoisse à l’idée de ne plus pouvoir me réveiller chaque matin avec toi à mes côtés, l’angoise de ne plus me faire réveiller par tes baiser et ton parfum.

J’ai le vertige de devoir dire à nos enfants que papa ne reviendra plus… Qu’il nous surveille d’où il est. J’aimerais tant que tu sois à mes côtés pour voir notre tout petit grandir …

Mais je crois que j’ai surtout peur de ne pas avoir pu te serrer dans mes bras une dernière fois.

Chéri, je ne peux pas te promette, qu’un jour si tu ne revenais pas, je pourrai aimer un autre homme… Même si tu m’as fait promettre de continuer ma vie… Moi, je ne peux rien te promettre. Tout ce que je vois me fait penser à toi, et si tu savais comment les enfants te ressemblent. Tout ce qui me restera de toi c’est cette médaille qu’on me remettra à tes funérailles et cette argent qu’on me donnera qui « m’aidera » à m’en sortir et passer au travers.

Alors les seuls mots qui sortent de ma bouche à 12 heures de ton depart sont ceux-ci : je t’en supplie mon amour, sois prudent et reviens nous en un seul morceau. De ta famille qui t’aime et qui t’attendrai toujours !

Le deuxième étage

Je suis là, assis sur cette chaise et je ne sais même pas pourquoi. Devant moi une femme qui me pose un tas de questions et moi qui reste sans réponse. Lorsqu’elle me demande pourquoi je suis ici; j’hésite.

Dois-je lui dire la vérité? Lui dire que ma femme m’a lancé un ultimatum; que si je n’allais pas consulter, elle allait partir avec les enfants et qu’elle se plaint sans cesse que je ne suis jamais présent et que je bois trop ?

Ou dois-je lui expliquer toute la douleur et le mal être que je ressent; mais comment expliquer l’inexplicable. Toutes ces pensées me passent par la tête et c’est pourquoi je reste là, tête baissée, sans réponse. Je suis présent de corps, mais certainement pas d’esprit et vous savez pourquoi ? Ce corridor; le corridor que j’ai du longer pour arriver au deuxième étage. Pour moi et pour plusieurs , c’est le couloir de la honte; en empruntant ce corridor, je me dévoile au grand jour et je dis à tous que j’ai mal et que je suis faible. Voilà pourquoi je n’ai jamais eu envie de venir.

Mais ce n’est pas tout. En fait, ce couloir, c’est le même corridor que je ne cesse de voir dans ces cauchemar qui me réveillent la nuit. Cette route que nous empruntions nuits et jours lors de ma mission en Afghanistan. Je vois encore notre convoi de VBL 3 roulant sur ces routes sablonneuses et sinueuses du pays. Nous roulions sans jamais savoir ce qu’il y avait sous nos pieds et ne voyant que des amas de pierres tout autour de nous qui servaient de poste de garde aux afghans.

Lorsque nous arrivions dans les villages, tout au tour de moi, je ne voyais qu’un peuple de misère, mais qui était heureux avec si peu. Voir ces enfants si joyeux, rayonnant de bonheur à s’amuser avec un rien; c’est à ce moment précis que tu te rend compte que ce que tu vis n’est pas si malheureux que tu le crois. Que nous avons de la chance malgré les petits malheurs qui nous arrivent.

Pendant que je pensais à tout ça et que je voyais ces enfants autour de moi me regarder avec une lueur d’espoir dans les yeux, j’oubliais où j’étais et le danger qui me guettais. Nous roulions encore à ce moment précis, ce moment de l’incident qui me réveille à toutes les nuits. J’aurais dû être plus vigilant, j’aurais dû le voir venir, mais cette lueur d’espoir que je voyais dans les yeux du peuple m’avait transporté ailleurs.

Encore aujourd’hui, presque 2 ans après, je suis persuadé que c’est de ma faute, que je n’aurais jamais dû détourner le regard. Tout s’est passé si vite…. Je ne pourrai me le pardonner.

Alors quoi réponde à cette dame que je vois pour la première fois et qui me regarde depuis quelques minutes…

Le silence restera ma seule réponse pour cette première rencontre.

À suivre…